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 Kazem al-Saher, 36 ans, chanteur irakien en exil. 1998

         



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: 09/10/2008
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: Kazem al-Saher, 36 ans, chanteur irakien en exil. 1998   25/9/2011, 13:20



Kazem al-Saher, 36 ans, chanteur irakien en exil.
Il fait l'unanimit d'un monde arabe que Saddam Hussein divise. L'amour du Golfe.


Le 10 mars 1998
22h34

Par AYAD Christophe



Sur la pochette de son dernier album, Kazem al-Saher prend la pose

dandy dans un classieux costume trois-pices, visage lgrement pench, front grave, yeux perdus dans le vague. Une moue ironique flotte sur ses lvres. Le gendre idal quoique un peu triste. Dans le fond, en surimpression, une autre photo de lui, trs ple, qui se perd dans la grisaille. Comme un double sombre et discret, un songe. La part de l'ombre reste au pays. Loin de Bagdad, des amis, de la famille, du Tigre et de l'Euphrate.

En vrai, le chanteur est aussi grand et fin que sur les affiches mais plus souriant, plus dcontract et coiff d'une inattendue casquette de base-ball. Pas l'Irakien type comme on l'imagine, carr et moustachu. Pour son public, il reste l'exil, le tnbreux, l'inconsol: le chantre affable d'un peuple martyr, l'incarnation de la mauvaise conscience arabe. A Tunis Beyrouth, Amman, jusque dans le Golfe, ses spectacles affichent complet. Mme au Kowet o il n'est pas question d'inviter un chanteur irakien, il a un fan club.

La premire fois qu'il s'est produit au Festival de la chanson du Caire, en aot 1994 l'animateur l'a prudemment prsent comme un chanteur arabe. On se mfiait en haut lieu, explique-t-il. Politiquement, l'Irak tait encore un sujet tabou. Depuis, le tabou a vcu, les consquences de l'embargo ont fini par mouvoir et Kazem al-Saher est devenu le chanteur irakien. Sur scne, il ne manque jamais une occasion de chanter Tazzaker (Souviens-toi), qu'il a ddi aux enfants irakiens. C'est comme si nous avions disparu de la carte. J'ai contribu briser le silence, l'embargo mdiatique et a j'en suis fier. En Egypte, c'est la chanson Salamtak min al-Ah (Garde-toi de la douleur) qui l'a lanc: J'ai crit ce texte pour ma femme qui tait malade. Mais les gens ont cru que je parlais de mon pays. Maintenant quand je l'interprte, c'est l'Irak que je pense.

Lors de la dernire crise entre Bagdad et Washington, il a cru revivre le cauchemar de la guerre du Golfe: Je n'en dormais plus. Ça a t l'un des pires moments de ma vie. Je passais mon temps zapper d'une chane l'autre. C'est en 1991, aprs la guerre, qu'il a dcid de quitter l'Irak. Il coupe: Je n'ai pas quitt l'Irak! J'y retourne deux fois par an. C'est peu" Mais j'y pense tout le temps. Seulement, a ne devenait plus possible de travailler l-bas. Il n'y a pas toujours de l'lectricit, les studios ne fonctionnent plus. Ce pays retourne au Moyen Age. Mais quand on lui demande si le rgime de Bagdad n'est pas aussi responsable des souffrances des Irakiens, il assne sur un ton dfinitif: Je n'aime pas la politique. Il ne faut pas attendre de lui des prises de position fracassantes contre Saddam Hussein: ses parents, ses sept frres et ses deux soeurs vivent toujours Bagdad. Ce n'est pas non plus un zlateur du rgime. Je n'ai jamais rien demand personne et on ne m'a pas aid. J'aime mon pays, je suis clair. Personne ne peut m'utiliser. Je suis le messager de l'amour, pas du rgime. Chaque anne, il chante pour la nuit de clture du Festival de Babylone. La dernire fois, il y avait 30 000 personnes. C'tait de la folie. A la fin, les gens ne voulaient plus que je parte. Ils s'accrochaient moi comme des noys, surtout les enfants. Quand il en parle, on jurerait que ses yeux brillent.

Entre le Canada, qui lui a accord un statut de rsident, Amman, o vivent sa femme et ses enfants, Le Caire o il est bas, et Beyrouth, Kazem mne la vie d'un nomade de luxe. Depuis 1995, il passe la plus grande partie de son temps en Egypte, plaque tournante de l'industrie musicale. Le Caire l'a fait roi. Il lui en est reconnaissant, pas rvrencieux: Le Caire, bien sr c'est le rve de tout musicien arabe. Mais en Irak, il y a des gens formidables. Tous ceux qui ont suivi le conservatoire de musique arabe de Bagdad avec moi ont fait carrire un peu partout dans le monde. Ceux qui sont rests n'ont pas de quoi se payer des instruments. Il y a des producteurs sans scrupule qui sont alls Bagdad acheter pour une bouche de pain mes premiers enregistrements. Ensuite, ils les sortent avec de nouveaux arrangements. Sur trente albums, seuls dix sont des originaux. Quand il parle de son vieux professeur Rouhi al-Khammash, la colre perce sous la voix: Il passe son temps la campagne cultiver des lgumes. Son autre mentor, Mounir Bachir, vient de mourir: le matre incontest du oud, le luth arabe. Il y a huit ans, Bagdad tait encore l'un des centres les plus fconds de la musique arabe et c'est comme si tout avait t un mirage.

Seul reste Kazem al-Saher, aussi adul que ses compatriotes sont pestifrs. Car rduire sa popularit la mauvaise conscience du monde arabe serait une erreur. Ne l'a-t-on pas souvent compar l'Egyptien Abdel Halim Hafez, le dernier monstre sacr mort en 1977? Il est l'un des trs rares chanteurs crire toutes ses musiques et nombre de ses textes. Depuis l'ge de 12 ans, o il revendit son vlo pour acheter une guitare, ce fils de menuisier originaire du nord de l'Irak n'a cess de dvelopper son don exceptionnel pour la composition. Pour un critique la chanson arabe avait oubli la posie, l'importance des paroles. C'est lui qui nous a rappris couter les textes. Il a aussi introduit des formes musicales typiquement irakiennes, trs anciennes, trs belles.

Kazem al-Saher a ce qui manque le plus aux chanteurs gyptiens de la nouvelle gnration: la classe, le classicisme. Il ne boit pas, ne fume pas. On est bien en peine de lui trouver le dbut du commencement d'un scandale dont sont friands les journaux gyptiens. Pas de ces chemises vives en soie de maquereau m'as-tu-vu, pas de ces fanfaronnades de roi-de-la-basse-cour, pas de ces familiarits de nouveau-riche-rest-fils-du-peuple. Un Brian Ferry oriental, un Chamfort arabisant. Rac, distant. Ma seule toile est morte, et mon luth constell / porte le soleil noir de la Mlancolie: ces vers de Nerval pourraient tre sa devise. Pourtant, chacune de ses apparitions dchane des crises d'hystrie.

Rcemment, une rencontre avec ses fans organise au sige du trs srieux quotidien Al-Ahram a failli tourner l'meute. Son public? Surtout des tudiantes, rveuses et romantiques. Ce jour-l, elles avaient mis leurs voiles de soie noire les plus chics laissant juste chapper une mche brune. En jean moulant et rouge lvres sanglant, elles sont venues les bras chargs de cadeaux: fleurs, peluches, petits corans truffs de mots d'amour. Lorsque Kazem veste en velours, pull ras du cou, pantalon beige fait son entre, le service d'ordre bedonnant est vite dbord.
Trois heures de questions, auxquelles il rpond sans jamais se dpartir de son calme amus.
Un tmraire se jette l'eau:
Sur votre disque Moi et Lela, c'est qui Lela?
La salle retient son souffle; il rigole: C'est un symbole, une rfrence Qays et Lela, le pome.
Soupirs de soulagement. En fait, il est mari depuis vingt ans et a deux fils. Ce jour-l, il a d attendre deux heures avant de quitter l'immeuble. Je n'ai jamais vu a, c'est de l'hystrie pure, s'offusquait une vieille journaliste. Ici, comme ailleurs, Thran, Alger, Gaza ou Bagdad, la jeunesse crve d'ennui. Kazem al-Saher est son supplment d'me.



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